mardi 29 septembre 2015

En orbite

Hier, il y avait un phénomène dans le ciel terrestre : la fameuse éclipse totale de lune.

Tout le monde en parlait. Même aux nouvelles. Fallait voir ça.

Ce matin, mon Facebook était inondé de photos prises par des amis, des vidéos, des reportages et des liens vers des sites professionnels. Il y avait même un site dédié aux photos manqués de l'éclipse.

Fallait avoir vu ça. Fallait avoir, nous aussi, pris part à cette folie.
C'est sûr! C'était tout un événement qui ne se reproduira pas de sitôt.
Tellement beau, magique.

Mais moi, j'étais en orbite. Je ne suis pas sortie regarder la lune.

J'étais présente pour un autre phénomène. Moins terrestre. Moins lunaire aussi.
J'étais étendue sur le divan chez mon amoureux, avec lui couché sur mes fesses. Il ronflait légèrement, pris du sommeil-devant-la-télé. J'appréciais tout ça. Le temps s'est arrêté. La télé n'existait plus. Je sentais le souffle de mon homme faire de la chaleur sur mon pyjama, je sentais sa peau chaude sous mes doigts, le poil rude de sa barbe pas faite. Je sentais aussi tout son amour en moi. Je me sentais chez moi, choyée, comblée.

Je n'ai pas de photo, ni de vidéo. Personne n'en a parlé. Mais j'ai maintenant une empreinte sur mon coeur : je veux être avec lui tous les jours, partager mon quotidien avec lui et pour le reste de ma vie.

mercredi 9 septembre 2015

Du ben bon monde

Monsieur et Madame partent pour Cancun, Mexique. Un hôtel adorable d'un forfait tout inclus. Monsieur et Madame (surtout Madame, il faut dire) a pensé à amener des bas nylon, du maquillage et des gugusses pour la femme de chambre, histoire de lui faire plaisir en plus de la "rémunérer" autrement qu'avec de pauvres pesos.
En prenant ce tout inclus, ils aident à faire vivre pleins de mexicains : barman, capitaine d'excursion, cuisiner, serveur, etc.
Au Québec, Monsieur et Madame sont impliqués dans certains organismes caritatifs. Ils aident lors de souper spaghetti pour l'église du coin ou font des dons pour vaincre le cancer.

Du ben bon monde.

Ils possèdent aussi une entreprise utilisant des travailleurs étrangers. Des mexicains toujours souriants. Ces travailleurs sont logés et gagnent le salaire minimum.
Mexicain vit avec plusieurs autres mexicains dans une section du garage où la machinerie de l'entreprise est rangée.
Mexicain dors sur un matelas où les ressorts ressortent.
Mexicain cuisine avec un four qui ne fonctionne pas.

Monsieur et Madame ne veulent pas payer un poêle avec un four fonctionnel à Mexicain.
"Il ne cuisine même pas avec, anyway", dit Monsieur.

Monsieur et Madame ne changent pas le matelas de Mexicain parce qu'il "n'a même pas l'air de s'en rendre compte, anyway. Il est toujours en forme le p'tit, tsé".

Monsieur et Madame ne font-t-ils pas preuve de fausse bonne conscience? On se dit plein de reconnaissance pour notre situation, on se dit généreux des bonnes œuvres, on se dit compatissant. Ce n'est qu'une façade, Monsieur et Madame.

Dimanche passé, lorsque j'ai trouvé les outils que Mexicain cherchait depuis un moment, j'ai vu des millions de remerciements dans ses yeux. Il n'est pas nécessaire de prendre l'avion pour les aider, tsé. Une attention, un peu de temps et de la considération, c'est tout ce qu'il faut.